Qu’est-ce qu’un bilan carbone d’entreprise ?
Le bilan carbone d’une entreprise mesure la quantité de gaz à effet de serre émise, directement ou indirectement, par ses activités sur une année. Le résultat s’exprime en tonnes de CO₂ équivalent (tCO₂e) : chaque gaz (dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d’azote, gaz frigorigènes…) est converti selon son pouvoir de réchauffement, pour pouvoir tout additionner. Pour en savoir plus sur cette unité, lisez que veut dire carbone équivalent.
Le principe de calcul est toujours le même :
Émissions = donnée d’activité × facteur d’émission
La donnée d’activité, c’est ce que l’entreprise consomme ou produit : des kWh d’électricité, des litres de gazole, des kilomètres parcourus, des tonnes de matières achetées, des euros dépensés. Le facteur d’émission traduit cette quantité en CO₂e. En France, la référence est la Base Empreinte® de l’ADEME.
Trois expressions reviennent souvent et ne désignent pas tout à fait la même chose :
- Bilan carbone : le nom courant de la démarche. Écrit « Bilan Carbone® », c’est aussi une méthode déposée, créée par l’ADEME et aujourd’hui portée par l’Association pour la transition Bas Carbone (ABC).
- BEGES (bilan des émissions de gaz à effet de serre) : la version réglementaire, obligatoire pour certaines organisations, avec un format et un calendrier fixés par la loi.
- Empreinte carbone : le résultat lui-même, le total des émissions attribuées à l’organisation.
Pourquoi faire le bilan carbone de son entreprise ?
On ne réduit bien que ce que l’on a mesuré. Le bilan carbone montre où se concentrent les émissions, et donc où agir en premier. Au-delà de l’obligation légale, qui ne concerne que les plus grandes structures, les raisons de le faire sont très concrètes :
- Répondre à vos clients : grands comptes, centrales d’achat et acheteurs publics demandent de plus en plus les émissions de leurs fournisseurs, qui sont le scope 3 de leur propre bilan.
- Réduire vos coûts : l’énergie, le carburant, les achats et les transports sont à la fois les premiers postes d’émissions et des postes de dépenses.
- Anticiper la réglementation et le prix du carbone, qui ne cessent de s’étendre.
- Accéder aux financements : banques et investisseurs intègrent désormais le climat dans leurs analyses.
- Mobiliser vos équipes autour d’objectifs chiffrés, et recruter des talents attentifs à l’engagement de leur employeur.
Qui est obligé de faire un bilan carbone ?
Le bilan des émissions de gaz à effet de serre (BEGES), prévu par l’article L229-25 du Code de l’environnement, est obligatoire pour :
- les entreprises de plus de 500 salariés en métropole, et de plus de 250 salariés en outre-mer ;
- l’État, les régions, les départements et les collectivités de plus de 50 000 habitants ;
- les autres personnes morales de droit public de plus de 250 agents.
Pour les entreprises, le bilan est à refaire tous les 4 ans (tous les 3 ans pour le secteur public). Depuis le 1er janvier 2023 et le décret n° 2022-982, il doit inclure les émissions indirectes significatives, c’est-à-dire le scope 3, et s’accompagner d’un plan de transition qui présente les actions prévues pour réduire les émissions. Il est publié sur la plateforme de l’ADEME. Une organisation qui ne s’y conforme pas s’expose à une amende administrative. Pour le détail des textes, lisez notre article sur les décrets 2011-829 et 2022-982.
La directive européenne CSRD demande en outre aux plus grandes entreprises de publier leurs émissions des scopes 1, 2 et 3 dans leur rapport de durabilité. Son périmètre et son calendrier ont été revus en 2025 par le paquet « Omnibus » : voir ce que change l’Omnibus pour le reporting des entreprises.
Et les PME ?
Une PME n’a pas d’obligation légale de bilan carbone. Mais c’est souvent elle que ses clients interrogent : ses émissions entrent dans le scope 3 de leurs propres bilans. Un premier bilan, même simplifié, permet de répondre à ces demandes avec des chiffres solides plutôt qu’avec des estimations. Une première estimation prend une minute avec notre calculatrice gratuite.
Scope 1, 2 et 3 : ce que mesure le bilan carbone
Les émissions se classent en trois périmètres, ou scopes, définis par le GHG Protocol :
| Scope | Ce qu’il couvre | Exemples |
|---|---|---|
| Scope 1 — émissions directes | Ce que l’entreprise émet elle-même, sur ses sites et avec ses véhicules | Chauffage au gaz ou au fioul, carburant de la flotte, fuites de gaz frigorigènes, procédés industriels |
| Scope 2 — énergie achetée | Les émissions liées à la production de l’énergie consommée | Électricité, réseau de chaleur ou de froid, vapeur |
| Scope 3 — autres émissions indirectes | Tout le reste de la chaîne de valeur, en amont comme en aval | Achats de biens et de services, transport des marchandises, déplacements domicile-travail et professionnels, déchets, immobilisations, utilisation et fin de vie des produits vendus |
Le scope 3 représente le plus souvent la majeure partie des émissions d’une entreprise, en particulier dans le commerce, les services et l’industrie de transformation. C’est aussi le plus difficile à mesurer, parce qu’il dépend des données de partenaires. L’ignorer revient pourtant à passer à côté de l’essentiel. Pour approfondir, lisez notre guide quelles différences entre scope 1, 2 et 3.
Le format réglementaire français (BEGES) et la norme ISO 14064-1 présentent les mêmes émissions en six catégories : émissions directes, émissions indirectes liées à l’énergie, transports, produits achetés, produits vendus, autres émissions indirectes.
Quelle méthode choisir ?
Plusieurs référentiels coexistent. Ils reposent sur les mêmes principes et se recoupent largement :
- Le GHG Protocol, standard international le plus utilisé : il a introduit les trois scopes et détaille le scope 3 en 15 catégories. C’est la référence des grands groupes et des démarches internationales.
- La norme ISO 14064-1, qui fixe les exigences pour quantifier et déclarer les émissions d’une organisation, et permet une vérification par un tiers.
- La méthode Bilan Carbone®, née en France, portée par l’ABC, très structurante pour bâtir un plan d’action.
- La méthode réglementaire BEGES du ministère de la Transition écologique, à suivre pour un bilan obligatoire.
Le bon choix dépend de votre objectif : conformité réglementaire, réponse à un client international, démarche volontaire. L’important est de garder la même méthode d’une année sur l’autre pour pouvoir comparer. Le logiciel C-MIRT calcule selon le GHG Protocol et l’ISO 14064, et présente les résultats par scope et par catégorie.
Comment faire un bilan carbone : les 7 étapes
- Cadrer la démarche. Choisir l’année de référence, le périmètre organisationnel (quels sites, quelles filiales) et le périmètre opérationnel (quels postes d’émissions). Désigner un responsable et les contributeurs de chaque service.
- Cartographier les flux. Recenser tout ce qui entre et sort de l’entreprise : énergie, personnes, marchandises, matières, déchets. Notre article sur la cartographie des flux détaille cette étape, souvent négligée.
- Collecter les données d’activité. Factures d’énergie, relevés de carburant, achats issus de la comptabilité, kilomètres parcourus, tonnages transportés, déchets. Privilégier les données physiques (kWh, litres, tonnes) aux montants en euros, plus précises.
- Calculer les émissions. Appliquer à chaque donnée le facteur d’émission adapté, puis consolider par poste, par scope et par site. Les biens durables (bâtiments, machines, informatique) sont répartis sur leur durée d’usage : c’est l’amortissement des immobilisations.
- Analyser les résultats. Identifier les postes les plus émetteurs, estimer les incertitudes, comparer avec des ratios du secteur.
- Bâtir le plan de réduction. Fixer des objectifs chiffrés et datés, choisir les actions, estimer leur effet et leur coût : c’est le plan de transition exigé dans le BEGES.
- Restituer et suivre. Partager les résultats en interne et avec vos parties prenantes, publier le bilan s’il est obligatoire, puis mettre à jour les données chaque année pour mesurer les progrès.
Combien de temps et combien coûte un bilan carbone ?
La durée dépend surtout de la taille de l’organisation et de la disponibilité des données. Avec un logiciel comme C-MIRT, un bilan complet se réalise en général en 2 à 8 semaines, collecte des données, analyse et plan d’action compris. La première année est la plus longue : les suivantes réutilisent la structure et les sources de données déjà en place.
Le coût varie selon le périmètre (le scope 3 demande le plus de travail), le nombre de sites et le niveau d’accompagnement souhaité. Faire appel à un cabinet de conseil pour tout le travail est la solution la plus coûteuse. Un logiciel permet à l’entreprise de mener la démarche elle-même, en gardant la main sur ses données et en refaisant le calcul chaque année sans repartir de zéro. Consultez les tarifs du logiciel C-MIRT, établis selon la taille de l’organisation.
Les PME et ETI peuvent aussi bénéficier du dispositif Diag Décarbon’Action de Bpifrance et de l’ADEME, qui finance une partie d’un accompagnement pour réaliser un premier bilan et un plan d’action.
Les erreurs à éviter
- Se limiter aux scopes 1 et 2 : on mesure alors une petite partie des émissions et on rate les leviers principaux.
- Tout calculer à partir des montants en euros : les ratios monétaires sont utiles pour démarrer, mais peu précis et insensibles aux efforts réels (acheter moins cher ne réduit pas les émissions).
- Ne pas documenter ses sources : sans trace des données et des facteurs utilisés, impossible de refaire le calcul l’année suivante ou de le faire vérifier.
- Changer de méthode ou de périmètre chaque année : les résultats ne sont plus comparables.
- S’arrêter au chiffre : un bilan sans plan d’action ne réduit aucune émission.
Après le bilan : réduire ses émissions
Le bilan carbone est un point de départ. Les leviers les plus fréquents portent sur l’énergie des bâtiments (sobriété, isolation, électricité bas carbone), la mobilité des salariés et des marchandises, les achats (choix des fournisseurs, durée de vie des équipements, matières recyclées) et le numérique. Fixez des objectifs alignés sur la trajectoire nationale (la stratégie nationale bas-carbone) et suivez-les chaque année.
Pour aller plus loin :

